Google Glass et entreprise : Quels besoins, quelles contraintes [3/3]

DAQRI

Les deux premiers articles de cette série ont porté sur les conditions d’utilisation des Google Glass dans un milieu professionnel et sur quelques exemples plus ou moins réussis. Dans la majorité des cas, nous avons vu que le bénéfice apporté n’était pas si évidement par rapport aux méthodes plus traditionnelles. Que faut-il donc pour pour bousculer les habitudes ?

Loin de moi l’idée de faire des prédictions sur l’avenir. Le numérique a montré depuis quelques années qu’il ne se laissait pas dompter facilement ! Je vous propose donc plutôt de pointer quelques faiblesses actuelles pour en faire des forces dans l’avenir

Source Engadget 2012

Source Engadget 2012

La technologie, le hardware

Même si j’ai promis de ne pas aborder l’aspect technique dans le premier article, il me semble difficile de ne pas y revenir maintenant. Les limitations technologiques sont loin d’être négligeables pour une paire de lunettes qui doit être à la fois résistante, légère, équilibrée et performante. La batterie, comme sur beaucoup d’objets technologiques, est encore le point faible des Google Glass et des autres dispositifs. Pour un usage professionnel l’autonomie minimale est d’une journée de travail, soit 7 et 10h à pleine puissance. Des technologies sont en phase de test au niveau de la réduction de la consommation énergétique ou de la capacité des batteries, mais elles doivent passer le pas de la production de masse (à un prix raisonnable). Il est également nécessaire de faciliter au maximum la recharge en utilisant de dispositifs à induction à la place des fils (comme pour les futures Tèou de Atol)…

Le facteur forme

dacri4

Prototype Daqri 2014

L’ergonomie des lunettes est particulièrement importante pour un environnement professionnel. Les Google Glass sont très bien pour un travail administratif mais, dès que les conditions deviennent plus compliquées, leur fragilité est manifeste. Malheureusement il n’y a pas de facteur de forme idéal. C’est d’ailleurs pour cela que des lunettes de sécurité ne ressemblent pas à des lunettes de vue, ni à des casques de chantier 🙂 La solution parait simple : un facteur de forme par usage (ou même par envie). Cependant les constructeurs actuels de lunettes de réalité augmentée proposent des modèles uniques, sans adaptation possible, en tout cas pas de manière simple. Pourquoi ne pas séparer la forme et le bloc « technique » ? J’imagine que cela viendra assez vite.

Comme illustration de l’adaptation au milieu industriel, le casque présenté par Daqri est particulièrement spectaculaire. On comprends tout de suite en le regardant son domaine d’utilisation.

Le coût global

Les Google Glass et plus généralement toutes les lunettes de réalité augmentée restent encore chères aujourd’hui. Le coût comprends le matériel mais également la conception des applications dont la maîtrise est assez peu répandue.  On peut s’attendre à ce que le prix des lunettes baissent régulièrement jusqu’à une fourchette de 300€ / 800€, ce qui correspond en gros aux smartphones actuels. Certains comme Optinvent ou Epson se placent d’ailleurs déjà dans cette gamme de prix sans négliger les performances. Pour le développement d’applications la situation est un peu plus complexe car la plupart des constructeurs privilégient leur propre SDK ou leur propre langage. On voit cependant  qu’ Android est en train d’avancer rapidement sur le marché des lunettes et des objets connectés (Google Glass, Epson Movarion, ORA Optinvent, etc.) ce qui pourrait simplifier l’accès aux compétences de développement.

L’interaction

Space Glasses - Meta 2014

Space Glasses – Meta 2014

On touche ici un point capital pour que les Google Glass rentre efficacement dans notre travail de tous les jours (pour ne pas dire dans notre vie). Aujourd’hui les interactions avec les lunettes sont limitées. On peut interagir avec l’espèce de touchpad sur le côté, avec la voix ou avec des mouvements de la tête, rien de plus … Pour les générations habituées à la souris et au clavier ce n’est pas grand chose … Les autres modèles de lunettes n’offrent pas d’alternative plus intéressante à part peut être les castAR de Technical Illusions qui travaillent en projection et qui permettent donc d’interagir plus directement avec les éléments virtuels.

Plusieurs expériences sont menées actuellement autours de l’interprétation des gestes directement avec la caméra des lunettes ou grâce à des capteurs annexes (Thermal Touch de Metaio, Realsens d’intel, etc.) mais il faudra quelques années pour intégrer cela. Quant aux expériences d’utilisation des ondes cérébrales, elles restent dans les laboratoires de recherche. A court terme la solution la plus simple reste la commande vocale couplée à un assistant intelligent. C’est d’ailleurs cette voie que Google poursuit avec le développement de « Google Now« . Nous en avons déjà parlé dans les articles précédents, cette technologie reste peu efficace en environnement bruyant, comme les ateliers et les usines où portant l’aide de ce type de lunettes est précieuse.

L’utilisateur en fait …

Google Glass par Diane von Furstenberg 2014

Google Glass par Diane von Furstenberg 2014

Pour terminer, j’ai gardé le point le plus important à mes yeux : l’utilisateur. Cela parait toujours étonnant de le rapeller mais c’est lui qui est au centre du succès. Ce sont de ses besoins et de ses difficultés que l’on doit partir pour, ensuite, lui proposer plus. Dans cette optique, les lunettes et même la réalité augmentée ne sont que des maillons d’une chaîne plus importante incluant la récolte des besoins, l’audit de l’existant, le développement d’applications, d’outils, d’interfaces, la gestion des données avec leur filtrage et leur traitement, etc. Il parait clair que la mise en place de Google Glass dans un cadre professionnel n’est pas un simple affichage d’informations.

Autre point, un utilisateur est rarement seul dans une entreprise. L’utilisation de lunettes comportant une caméra reste aujourd’hui l’origine de nombreuses questions sur la vie privée (oui même en entreprise) et les problèmes de confidentialité. Les controverses actuelles sur l’usage des Google Glass en sont de belles illustrations.

Une conclusion ?

Malheureusement, je n’ai pas de conclusion toute faite … De nombreux progrès sont à faire dans l’objet lunette lui-même pour le mettre au minimum au niveau des smartphones actuels, avec en plus une obligation de « look » pas complément ringard et des interactions plus naturelles. Aujourd’hui les Google Glass paraissent un peu trop limitées (en particulier sur leur champ de vision) pour faire autre chose que de l’affichage déporté. C’est déjà très bien mais peut-être pas suffisant pour justifier un investissement sauf dans des cas très particulier (voir le premier article).

L’avenir des lunettes de réalité augmentée en entreprise est plutôt à des modèles couvrant complètement le champ de vision (Epson, Laster, Optinvent, Vuzix, etc.) mais ce sera peut être le cas des Google Glass v2 🙂

En attendant, je vous invite à jeter un oeil à l’utilisation imaginée pas la Caisse d’Epargne avec son application Glassistance. Je n’étais pas vraiment convaincu au début mais en réfléchissant je me dis qu’elle est bien pensée. Même si on pourrait à peu prêt faire la même chose avec un smartphone, le moment particulier d’un accident n’est pas celui où l’usager est le plus détendu pour penser rationnellement !  Avoir un conseiller « sur le nez » est un avantage non négligeable ! Qu’en pensez-vous ?

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